Cher programmateur, vous n’avez pas été sélectionné…

Publié le 10 février, 2010 à 1:59 par Erwan Burban

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- 10 février 2010 -

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Des fois, on en rêve, vu comment on se fait traiter par certains programmateurs. Ben ça tombe bien, je ne suis plus intermittent, plus besoin de courber l’échine. La proposition me semble nulle, indélicate ? Et si je leur disais merde ? C’est parti…

Un mail porteur d’une bonne nouvelle (a-priori)…

Mail reçu il y a quelques jours :

« En charge de la programmation au Festival de x x x et après présélection, je me permet de vous contacter afin de connaître:
- vos disponibilités durant le festival
- votre cachet
….si toutefois vous êtes intéressés pour une prestation sur la scène x x x bien évidemment! »

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Hum… mes dispos, ok… Le cachet, euh, là, c’est du foutage de gueule : si je dis tarif normal (300 net pour jouer en solo ou en petite formation + 150 net pour une répé) je suis censé croire que j’ai une chance qu’on me dise autre chose que « ah, mais non, en fait c’est 120 net pour tout le monde et il n’y a que la presta de payé, pas de répé avant) ? Une prestation sur la scène x x x ? Mais, là aussi, c’est n’importe quoi, ce truc : le groupe pour lequel on m’envoie ce mail n’a jamais joué que sur projet spécifique type carte blanche !! Allez, c’est parti, réponse en « bonnet difforme » !

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Réponse envoyée ce midi :

Bains sur Oust, mercredi 10 février 2010
objet : réponse à la proposition commerciale du service des achats de prestations musicales du festival de x x x x x
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Madame, Monsieur, le « coordinateur en gestion artistique »,
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Vous avez adressé à SKOLKOZH un courrier électronique l’informant qu’il avait été « pré-selectionné » pour éventuellement assurer une « prestation sur la scène x x x « .
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- Vous semblez donc considérer comme allant de soi que SKOLKOZH était candidat à une « pré-sélection », juste parce que sa musique est accessible sur un site internet gratuit (myspace). Il n’en est rien. Nous ne sommes pas de pauvres hères affamés de « cachets », frémissant d’impatience de se faire « sélectionner » par de généreux programmateurs.
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- Vous semblez considérer comme allant de soi que SKOLKOZH assure des « prestations », juste parce que sa musique (entendue d’une oreille distraite à l’aide du player low-fi de myspace) est agréable à l’oreille. Il n’en est rien. Notre musique se veut facile d’accès à seule fin de partager avec le plus grand nombre les trésors du patrimoine culturel populaire local, et non pour alimenter en musique fraiche des animations de supermarché ou des scènes accessoires de festivals.
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- Vous semblez considérer comme allant de soi que SKOLKOZH connaît votre « scène x x x«  Il n’en est rien. Tout comme vous ne savez rien de nous, nous ne savons rien de vous.
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Peut-être aurait-il fallu commencer par cela…
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« Nous avons entendu quelques sons de votre groupe sur internet, pourriez-vous nous donner quelques infos sur l’avancement du projet ? Avez-vous joué en public récemment ? »
Voila des questions qui auraient été intéressantes pour éviter :
- de pré-sélectionner un groupe qui n’a joué que deux fois en public. Qui plus est, SKOLKOZH n’existe plus en tant que tel depuis décembre 2008.
- de proposer une « prestation » à un groupe dont le projet artistique a toujours nécessité l’organisation de soirées dédiées. La dernière soirée SKOLKOZH était une carte blanche dans le cadre d’un festival rennais (système de sonorisation et d’éclairage spécifique, une quinzaine de musiciens et chanteurs, configuration scénique multipolaire et non frontale…), soirée qui a donné lieu à 3 pages d’analyses et de réflexions d’ordre artistique dans une revue spécialisée (en musique traditionnelle, pas en gestion) et à un blog dédié (textes complémentaires, photos, vidéos).
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S’agissant d’organiser à la vas-vite l’animation musicale d’une « scène x x x«  semble-t-il négligeable dans le déroulement du festival, nous comprenons bien qu’une telle démarche ne rentre pas dans vos étranges attributions de « gestion artistique ».
Encore plus étrange et inquiétante nous paraît votre mission de coordination de cette « gestion artistique », coordination qui laisse à penser que cette articulation incongrue entre « Gestion » et « Artistique » concerne plusieurs personnes au sein de l’équipe du festival.

Le domaine artistique demande de la culture, de la connaissance, de l’humanité, de l’entrain, des convictions, de la rigueur. On pourrait se dire que faire entrer le loup de la Gestion dans la bergerie de l’Artistique aurait au moins le mérite de développer cette part nécessaire de rigueur. La proposition ridicule faite à SKOLKOZH prouve le contraire.
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Nous sommes donc au regret de vous informer du rejet de votre proposition qui, pour toute ces raisons, nous semble aussi indigne de notre démarche artistique qu’elle l’est de votre qualité de festival subventionné.
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Les jeunes musicien-nes de talent abandonnés par les politiques publiques aux mains indifférentes des programmateurs ne manquent pas, spécialement en Bretagne. Ils seront ravis d’effectuer l’animation musicale pour laquelle vous nous avez initialement contacté. Qui plus est, la précarité de leur situation sociale leur interdira toute velléité d’impertinence face à vos pratiques marquées du sceau du mépris et du désintérêt. Vous pourrez donc « gérer », à l’abri de tout échange humain et civilisé, à coup de mails laconiques et hasardeux.
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Au plaisir de rencontrer, au hasard d’un moment convivial (Cf Ivan Illich, Jacques Ellul), la personne probablement humainement riche qui se cache derrière la pauvre activité technicienne de « gestion artistique ».
Au plaisir de bénéficier peut-être un jour, même indirectement, de vos probables multiples savoirs et savoir-faire dans une situation qui vous permettra de les mettre en oeuvre. Je ne sais rien en effet des contraintes qui pèsent sur vous, ni d’ailleurs de votre situation de « travailleur cognitif »… peut-être aussi précaire que celle de la plupart des musiciens que vous avez à « gérer ».
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L’ancien chef de rayon de la coopérative SKOLKOZH,
Erwan Burban.

Je suis actuellement le seul membre du groupe SKOLKOZH et seul rédacteur de cette réponse, le seul donc à devoir probablement subir l’habituel banissement qui suit (à ce qu’il parait) toute critique publique des pratiques de ce festival…

Cette réponse est en effet un « mail ouvert », je retirerai par contre toute mention de l’identité du festival concerné afin de permettre un élargissement de cette remise en cause de l’approche instrumentale et gestionnaire des petites scènes des grands festivals et du mépris avec lequel sont traités les musiciens « émergents » (ça, c’est le terme technique et bienveillant qui apparait dans les dossiers de demande de subvention des dits festivals).

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Big up à Julien Prévieux, l’auteur des hilarantes lettres de non-motivation. On peut lire le bouquin en ligne ici. En tapant son nom dans un moteur de recherche, on trouve aussi son site de présentation, sur lequel certaines de ses lettres sont téléchargeables en pdf.

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Si tout ça vous touche, vous parle, vous rappelle des souvenirs, n’hésitez pas à partager ça ci-dessous à l’aide de la fonction commentaire.

Le mode d’emploi : vous mettez votre nom, votre mail, votre commentaire et je remplace le nom par un code pour rendre ça anonyme tout en mettant le commentaire en contexte (musicien ou non, intermittent ou non, âge, etc.). Comme ça, la parole circule et personne ne risque de se retrouver blacklisté…